04 mai 2010

L'île Stagadon, une irrésistible attraction

De tous temps les îles ont attiré les hommes. Peut-être avant tout parce qu’elles font naître et renaître ce désir d’isolement plus ou moins flou et récurrent que nous connaissons tous.

En cela Stagadon n'est pas différente des autres.

Posée à l'embouchure de l'Aber Wrac'h et à quelques encablures seulement du littoral, elle est trop proche du continent pour ne pas appeler les regards et susciter les convoitises de ceux qui, à terre, se tournent à un moment ou à un autre vers le large.

Vue de loin, on peut dire que le mystère premier de l'île réside dans sa forme. Stagadon n'a pas une forme mais des formes. Selon qu'on l'observe depuis Lilia, depuis la Baie des Anges ou depuis la presqu'île Sainte Marguerite elle apparaît tantôt massive, rocheuse et resserrée, tantôt étirée, basse et sablonneuse. Tantôt puissante, tantôt fragile. Etincelante et grossie par le plein soleil, grise et presque diluée par la brume ou la pluie fine.

Protéiforme et charmeuse.

Ce qui fait la réputation avérée de l'île n'a rien de mystérieux : c'est une plage magnifique et des eaux limpides aux faux airs de lagon. Alors si l'on n'est pas propriétaire d'une quelconque embarcation, à rame, à voile ou à moteur, on se débrouillera pour trouver quelqu'un qui puisse nous y déposer quelques heures pour goûter les lieux.

C'est au sud ou à l'est de l'île qu'on jette l'ancre pour un mouillage, là aussi qu'on tire son kayak sur le sable. Débarquer sur Stagadon (par beau temps !) cela commence souvent par trois sensations fortes : celle (glacée) venue de l'eau qui saisit les chevilles, suivie de celle (veloutée) venue du sable qui flatte la plante des pieds et enfin celle de l'éblouissement.

Aborder Stagadon, c'est être sûr d'en prendre tout de suite plein les yeux. Le sable de la plage est en effet une poudre extrêmement fine et claire, truffée de grains de mica, qui atteint des sommets de virtuosité dans l'art de capter et réfléchir la lumière. Pendant que les pieds profitent du velours (un contact chaud à la surface et frais dessous quand les orteils s'amusent à creuser légèrement), le regard embrasse le parfait croissant que forme la plage.

Un peu plus haut, à mi-pente, des galets blanchis, polis, arrondis et récurés à grandes eaux doivent être franchis pour atteindre l'herbe épaisse et alors, peut-être, se lancer dans un "grand" tour de l'île : 4 hectares à marée haute ! Certains îliens d'un jour ne vont même pas jusque là, profitant simplement du sable pour pique-niquer…voire ne rien faire du tout. Car après tout, "aller à Stagadon" est un programme en soi et on n'a pas besoin d'y ajouter une activité pour mériter son bonheur.

Sur la façade ouest de l'île, le décor est tout autre. L'herbe grasse ne côtoie plus le sable mais de grandes roches nues exposées aux vents dominants. C'est là que la vue maritime est la plus large : de l'Ile Vierge dans le nord-est jusqu'à celle d'Ouessant dans le sud-ouest, il n'y a plus de terres visibles mais toute une farandole de chaos rocheux et de balises qui rappellent aux marins que le coin est un des plus mal pavés de la côte du Nord Finistère : Malouine, Pendante, Libenter…

En contrebas, les eaux de la Manche font une dernière démonstration de leur caractère avant de se fondre à quelques miles plus au sud dans celles de la Mer d’Iroise. Des plongeurs palment autour des laminaires qui s'allongent dans le courant. Sur les rochers couverts de fientes, des goélands par dizaines font tant de bruit qu'on les croirait des centaines. Un peu au-delà des voiliers rentrent au port par le grand chenal de l'Aber Wrac'h. L'air est vif alors on revient vers la plage, retrouver son embarcation pour repartir d'où on est venu, avec dans sa besace un contentement de Robinson et (souvent) quelques bons coups de soleil.

Si on le peut, il faut venir tôt dans la matinée, aux heures où seuls les oiseaux devisent. Ou attendre la tombée de la nuit, quand tous les phares et feux des environs (Ile Vierge, Lanvaon, Ile Wrac'h, Créac'h, Four…) entrent dans leur danse lumineuse.

Pourquoi l'île attire t'elle donc tant les visiteurs ? La plage est très belle, certes, mais celles de la presqu'île Sainte Marguerite toute proche sont de sérieuses concurrentes, et bien plus faciles d'accès. Au final, il semble que pour beaucoup le fait d' "aller à Stagadon" s'apparente à une sorte de rituel, de pèlerinage. Un pèlerinage païen dans lequel les pensées intimes sont tournées vers l'enfance, l'été et le goût de la liberté.

Stagadon est une île de traditions : on y vient au moins une fois durant l'été, seul ou le plus souvent en famille. Rien n'y change ou presque. Tandis que les lapins et les rats la grignotent en sous-sol, la mer et le ciel continuent de la sublimer.

L'île Stagadon est en réalité une sorte d'antithèse de l'isolement maritime. D'abord parce qu'un regard circulaire promené sur l'horizon depuis le point le plus élevé de l'île rencontre plus de terre que de mer. La côte, souvent très proche, est parsemée de constructions en gris et blanc.

Ensuite parce qu'en été on peut être quasiment certain de ne pas pouvoir passer une journée sur l'île sans croiser quelqu'un.

Stagadon, loin de constituer une séparation entre la côte et le large, se révèle plutôt être un éminent lieu de rencontre. Rencontre avec ses souvenirs d'enfance, rencontre avec le microcosme maritime, rencontre avec ses alter ego du Pays des Abers.

Une sorte d'éden partagé, secret local pas si bien gardé.

Posté par sabbacath29 à 15:24 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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