19 mai 2010

Ouessant

Départ

Pour la dernière fois je regarde le port du Conquet et les chalutiers mouillés dans l’eau verte

La lumière du matin est généreuse, et nette

Le Vieux Logis ouvre ses portes aux habitués

Je m’assieds juste à côté de l’entrée

Ainsi je peux voir leur arrivée et la patronne les embrasser

A bord

Ca y est, l’Enez Eussa s’éloigne du continent

Entre le soleil et moi le profil d’une femme s’interpose un instant

Derrière son visage la vitre est maculée de sel

Sur la passerelle les sourires des touristes ont jailli

Je m’adosse au bastingage pour observer Molène approcher dans le tumulte du courant

Escale

L’Enez Eussa s’amarre au quai quelques minutes

Cinq passagers mettent pied à terre et se dirigent vers le bourg sans se retourner

Les maisons se sont groupées autour du clocher pour échapper aux vagues

Je cherche à distinguer le cimetière

Ce n’est pas aujourd’hui que je trouverai la tombe ancestrale

Plus le temps d’y penser

Molène disparaît dans la lueur éblouissante de l’Est

Arrivée

Ouessant en octobre

Au revoir la vie du continent. Au revoir tout le monde

Je suis arrivée. Ilienne pour quelques jours

Oubliez-moi, je suis heureuse

Programme

Je vais rassembler mes pensées, en faire un paquet bien ficelé puis les disperser au vent

Gonfler mon cœur aussi

Le répandre sur la lande tout autour de l’île

Je vais offrir, caresser, recevoir

Ne faire que ça

Laisser l’air entrer partout

Immerger mon corps dans l’eau fraîche

Fixer longtemps le plafond latté de bois

Profiter des draps blancs

Pousser la chaise devant la fenêtre et m’asseoir chaque fin de journée devant l’Ouest enflammé

J’ai posé quelques livres choisis et du papier sur la table à l’étage

Je sais qu’ils sont là, à portée de regard et de main

Tout va bien

Je vais pouvoir écrire

Créac’h

Aimer

Aimer un phare. C’est idiot mais c’est possible

J’aime autour de lui. J’aime par lui

Il fouette l’air de la nuit et en fait des merveilles

La beauté m’appartient

Je nage dedans dès mon réveil

Les oiseaux ont commencé leur journée sur la grève en contrebas

J’entends leurs cris monter jusqu’au lit

La lumière inonde un coin de la table

C’est là que je pose mon bol

Là que je pense avec gourmandise aux heures qui vont venir

Transformation

Je suis devenue minuscule et sans volonté

Je suis un corps vivant dans le monde du vivant

Pénétré, oxygéné, remué, lavé

Plage

Un écrin d’eau féconde, d’algues brunes

Et de cailloux polychromes

Sourire

Je souris

Tu souris

Nous sourions

Librement, béatement

Besoin de rien

Simplicité de moyen

Abondance du bien

48°27'6'' Nord

5°07'8'' Ouest

Il faut alors faire demi-tour

Reposer son sac à bord

Et franchir à nouveau le Fromveur

La houle nous roule sans que personne ne s’en inquiète

J’ai chaud dans le dos et froid devant

La terre se rétracte

Il me semble que je la vois pour la première fois.

Posté par sabbacath29 à 21:57 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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