25 août 2011

Ex tempore

 

Routa 40. Argentina.

Dans le bus qui nous conduit de Bariloche à El Chalten.

 

Il semble qu'à tout instant le plateau sur lequel roule notre véhicule pourrait basculer derrière le ciel, glisser comme une nappe qu'on retire d'une table.

Après quelques kilomètres - les heures n'ont aucun sens - je ne sais déjà plus si l'espace qui compte pour nos vies est celui dans lequel nous sommes assis ou celui qui, au-dehors, caresse les vitres avec obstination.

Où est passé le réel ? Je ne peux croire que nos consciences minuscules aient quelque chose à voir avec cette réalité-là.

J'allonge mes jambes et dérouille mes chevilles en mouvements lents. J'étire mon dos avec le même souci de calme. Je sens mes muscles, mes articulations. Je regarde mes mains posées sur mes cuisses, désormais inutiles.

Je suis des yeux des choses que je ne vois pas.

L'esprit, la connaissance, jetés contre un espace empli de lui-même, sont-ils ridicules tout à coup !

Un guanaco courre, affolé, le long d'une clôture sans fin.

Puis plus rien.

Plus rien n'est détachable de l'ensemble.

Le monde est devenu ce bloc titanesque teinté du bleu immense et d'une plaine d'ocres qui sommeillent.

Juste un peu de buée, de temps à autre, devant les yeux. Rappel d'une existence qui ne vaut que par le chemin qu'elle suit.

Un autre véhicule roule longtemps à notre hauteur puis nous double et finit  par disparaître au-devant.

Vers le Sud. Au-delà du visible.

Alors que nous tournons le dos à la marche du monde, la vibration des roues nous porte vers un temps dissocié de l'attente.

 

Posté par sabbacath29 à 16:17 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires sur Ex tempore

    Enfin !

    Plaisir de retrouver cette belle écriture.
    Le voyage, pour qui se le fait raconter, c'est tout ou rien selon la façon dont il a été vécu, intégré, restitué ... Là, j'y suis.

    Posté par isabelle, 30 août 2011 à 17:44
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